Des techniques « attachantes » : repenser les modalités et finalités du mode conception et de perfectionnement d'une technique de fabrication.
Cette thèse participe d’une remise en cause du rôle déterminant des modes de production industriel de biens et produits manufacturés dans les processus de dégradation écologique. Rencontrant des enjeux à la fois économiques, sociaux et environnementaux, elle vise, principalement, la définition de nouvelles manières de concevoir ainsi que de mettre en œuvre les procédés servant à la production d’objets d’usage grand public. Aussi, s’articule-t-elle autour d’une problématique centrale : comment le design de techniques de fabrication d’objets, en tant que medium mettant en relation les humains et le monde, peut-il contribuer à reconfigurer les « liens d’attachement » — notion étudiée par Bruno Latour et Charles Stépanoff ?
Cette question est examinée à partir d’un terrain expérimental tout à fait particulier afférant au développement, amorcé au cours de cette première année de thèse, d’une chaîne artisanale d’impression manuelle d’artefacts ; cette chaîne, établie sur la commune de Pléchâtel et ses environs, exploite un matériau biosourcé issu de la filière du lin. L’enjeu principal est d’évaluer comment le design de procédés de fabrication peut participer d’un renouvellement des liens entre humains, non-humains et milieux, fort des apports croisés de l’anthropologie contemporaine, de l’écosophie et de la philosophie de l’environnement, de l’ingénierie, de la robotique, etc. La recherche s’appuie sur une démarche de recherche-création proposant une approche dialectique des technologies mises en œuvre dans les procédés de fabrication d’objets. Elle pose comme hypothèse qu’une démarche de conception par un design de soustraction puis d’addition de technologies — motivé par une exploration des interrelations entre ces technologies et les milieux — ouvre une marge d’exploration pour définir des formes de techniques en accord avec les enjeux de production et d’« attachement ».
Cette recherche doctorale présente la particularité d’engager la création d’une nouvelle série de machines et d’outils dont la nature est construite sur un mixte de technologies – robotique, d’automatismes, de gestes manuels (d’ancrage, pour partie, artisanal). Ces artefacts sont appelés eux-mêmes à devenir des supports d’interrogation de notre rapport aux techniques. Elle développe une approche de recherche articulant expérimentation pratique, enquête ethnographique et élaboration théorique dans le but de construire un cadre d’analyse pouvant être transposé à d’autres situations de design.