Masterclass — Spatia Obscura, déconstruire l'appareil photographique, MHP, Université de Naterre, Paris Copier

La camera obscura (latin, « chambre obscure ») est un dispositif optique ancien, précurseur de l’appareil photographique. Il s’agit d’une chambre ou d’une boîte noircie à l’intérieur, percée d’un petit trou (sténopé). La lumière qui entre par ce trou projette sur la paroi opposée une image du paysage ou de la scène située à l’extérieur. La camera obscura est à l’origine de tous les dispositifs photographiques. Que se passe-t-il — si après avoir soustrait d’autres composants tels que la mesure et l’exposition automatiques, l’autofocus, la visée et le capteur numérique — on soustrait la camera, la chambre ? Roberto Huarcaya s’est lancé dans une démarche photographique pour trouver une technique de capture appropriée pour photographier la forêt amazonienne : « Au cours de l’année et demie qui a suivi, j’ai commencé à travailler avec des appareils photo différents : des appareils numériques, moyen format, grand format, ou panoramiques. Mais toutes ces tentatives aboutissaient à une impasse. Il me semblait que ces images n’avaient pas l’énergie qu’exigeait ce sujet. […] J’ai commencé à comprendre que tout appareil optique ne peut enregistrer qu’un seul point de vue, l’épiderme de ce que nous avons devant nous. » (Huarcaya et al., 2024, p. 3). Dans son invention technique, Roberto Huarcaya a éliminé toute trace de camera — de chambre. Il a conçu une silva obscura. La forêt devient la camera. Et tout s’y retrouve réagencé — le support photographique , la source de lumière — pour créer un nouveau type de photographie.

Ce travail emprunte la voie de la déconstruction, de soustraction pour questionner notre rapport contemporain aux technologies. Aujourd’hui, le médium technique est devenu transparent. Il est dilué dans une technologie toujours plus automatique qui invisibilise le procédé. En adoptant une démarche de décomposition, nous cherchons à mettre en lumière cette situation technologique contemporaine.

Démarche

En empruntant la voie tracée par Roberto Huarcaya, nous allons répéter l’expérience et le dispositif photographique. Nous essaierons de capturer cet environnement sombre, qui sera ici une spatia obscura, puisque la relation avec la forêt diffère en Amazonie et en Europe occidentale. Notre sujet traitera de la nature et de la relation occidentale avec la nature. Nous allons utiliser l’approche photographique de Roberto Huarcaya pour nous éloigner de la conception et de la définition de la nature occidentale (Descola, 2015, p.31).

Il nous faudra repartir du dispositif déconstruit, cette forme embryonnaire - papier, foret, photographes -, et explorer ses fonctionnalités. Nous devrons nous familiariser avec cette nouvelle manière de photographier, c’est-à-dire trouver comment mesurer la lumière, cadrer — est-ce encore du cadrage ? — ou développer,  avant de commencer à réaliser un premier cliché de un mètre de large par dix mètres de long.

La forêt de Fontainebleau constitue un cadre propice à l’expérimentation et à la prise de conscience écologique (Sand, 1872). Elle a également été le théâtre d’une évolution dans la manière de peindre grâce au perfectionnement des moyens techniques picturaux. Le lieu est propice à l’examen de notre relation avec la technique et le milieu forestier.

Matériel

Quelques ouvrages : Sand, G. (1873). La forêt de Fontainebleau. Dans Impressions et souvenirs (p. 315‑330). Michel Lévy. ; Huarcaya, R., Castro, T., & Sohier, E. (2024). Décoloniser le regard sur la nature. Roberto Huarcaya en conversation avec Teresa Castro et Estelle Sohier. Transbordeur, 8, 112‑121. ; Latour, B. (2006). Nous n’avons jamais été modernes. Essai d’anthropologie symétrique. La Découverte. ; Stépanoff, C. (2024). Attachements : Enquête sur nos liens au-delà de l’humain. la Découverte.