Plan de travail
Je viens de faire l’acquisition de deux plans de travail en aggloméré stratifié destinés à la conception de matériaux dans l’atelier. Je les ai installés sur des tréteaux robustes et adossés au mur. Un jour irrégulier apparaît entre le mur et le bord des plans. Le mur artisanal présente des irrégularités. Le plan de travail industriel, quant à lui, est parfaitement rectiligne. Leur rencontre matérialise l’articulation entre un semi-produit de l’industrie et le bâtiment. Elle met surtout en évidence la place qu’occupe désormais le travail artisanal dans le bâtiment. L’artisan du second œuvre fait partie du régime de production industrielle. Il ajuste et rectifie par des opérations d’agencement des produits standardisés et préfabriqués afin qu’ils puissent être insérés dans un cadre moins standardisé et souvent plus accidenté (un mur présentant des irrégularités géométriques). Un plan de travail ou un dressing suivent d’abord une chaîne industrielle de production automatisée. Ils adoptent ensuite un statut intermédiaire de semi-produit ou de produit préfabriqué avant de quitter l’usine pour rejoindre le lieu de finition : le bâtiment. Dans ce contexte, l’automatisation se révèle inadaptée et peu performante, contrairement à ce qu’elle permet dans l’environnement industriel. L’intervention humaine finalise cette chaîne de production par la pose. Les gestes techniques du menuisier-agenceur représentent, dans les différentes étapes du processus de production, les tâches que les machines ne peuvent pas encore exécuter, en raison du caractère indéterminé et singulier du contexte d’implantation.